15 abril 2010

Cancionero Mongo


L' ESPOIR

Dans le ventre des Espagnoles
Il y a des armes toutes prêtes, toutes prêtes

Et qui attendent

Des oiseaux finlandais vêtus de habanera

Des Vikings aux couteaux tranchant la manzanilla

Des flamenches de Suède brunes comme la cendre

Des guitares désencordées et qui se pendent

Des amants exilés dans les cloches qui sonnent

La Mort qui se promène au bras de Barcelone

Des taureaux traversés qui traversent l'histoire

Des soleils fatigués qui les regardent boire

Un Orient de misère à la jota engloutie

Les parfums de l'Islam crevant d'Andalousie

Des pavés de flamenco aux gestes anarchiques

Les rythmes du jazz-band pour les paralytiques

Les tam-tams de l'Afrique à portée de guitare

De l'eau fraîche et de l'ombre à jurer pour y croire

Une rue de Madrid avec des fleurs fanées

Un fusil de trente-six qui revient s'y mêler.

Dans le ventre des Espagnoles

Il y a des armes toutes prêtes, toutes prêtes

Et qui attendent

Un accord de guitare au moment où l'on passe

Un passeur langoureux avant le coup de grâce

La bouteille à la mer dans un drugstore indien

Un habit de lumière dans l'ombre du chagrin

La fureur pensionnée qui se croit dans la rue

Des chansons caraïbes qu'on a perdues de vue

Des cigales fuyant le bruit des castagnettes

Toutes les Amériques au fond d'une cassette

Exécutée à l'aube avec la stéréo

Le silence permis au-delà de Franco

Des ailes de moulin plantées sur les maisons

Don Quichotte qui passe à la télévision

Une chaîne en couleur pour avaler tout ça

Le sang avec la veine d'avoir la corrida

Et cent mille danseurs sur la place publique

Pour que Christophe Colomb découvre la Musique

Dans le ventre des Espagnoles

Il y a l'espoir qui se gonfle et qui gonfle

Et qui attend... Et qui attend

MANUEL DE FALLA



Letra y música: Léo Ferré
L'espoir (1974. Barclay)

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